Le suicide du Général Larminat
Comment expliquer que le Général de Larminat, resté de 1940 à 1962 gaulliste au point de prendre position avec éclat contre les acteurs du putsch du 22 avril 1961 et d’accepter quelques mois plus tard -non certes sans réticence – la présidence de la » Cour Militaire de Justice » chargée de juger les membres de l’O.A.S., se soit donné la mort à la veille de présider effectivement ce tribunal d’exception ? Alors que remplir cette mission eût en effet confirmé, jusqu’à l’excès, son engagement gaulliste, se suicider en cette circonstance le faisait au contraire rejoindre » in extremis « , comme le soutiendra plus tard en substance le Général Salan, les » soldats perdus » qu’il était appelé à juger…
Je vais m’efforcer d’apporter à la question posée ci-dessous des éléments de réponse qui permettent de dégager, au plus près de la vérité, le sens de ce geste courageux.
Brève présentation de l’auteur de ce texte :
Etant parent du général d’armée Edgard de Larminat, qui s’était donné la mort le 1er juillet 1962 à la veille de présider la » Cour Militaire de Justice « , certes assez éloigné de lui dans l’arbre généalogique de notre famille, mais profondément attaché au respect de sa mémoire, et soucieux de l’honneur de notre nom ainsi que de la vérité historique, moi, Jean Marie de Larminat, (fils d’Edouard, Administrateur-en-chef de la France d’Outre-Mer (|), et de Sonia, née Boëttgen (t).– ), je me suis fait un devoir de réfuter une thèse péniblement échafaudée par son neveu Jacques de La Perrière et parue en 1997 dans la revue HISTORIA (N° 610) sous le titre » Les vraies causes du suicide du général de Larminat. «
La Thèse-Cette thèse tendait en effet, en substance, à faire passer ce suicide pour un ultime geste d’allégeance envers Charles De Gaulle, alors que de nombreux arguments portent à penser que ce geste eut, au contraire, pour motif (ô combien plus élevé… ) le refus de faire condamner à mort, surtout sur ordre, certains des accusés dont il allait avoir à présider le jugement. Il est donc permis d’avancer que ladite thèse aboutissait ainsi, en dépit de l’intention de son auteur, à dévaloriser objectivement le sens profond de ce sacrifice.
De par son titre déjà comme sur le fond ensuite, cet article paraissait d’ailleurs par trop péremptoire pour traiter d’un tel sujet : même lorsque le suicidé est censé avoir laissé une lettre d’explication claire, à fortiori lorsque l’interprétation de ladite lettre peut donner lieu à discussion, ce qui est ici le cas comme je le développerai plus loin, Dieu seul pourrait connaître exactement la démarche psychologique ayant, jusqu’au passage à l’acte, déterminé un suicide, donc les vraies causes d’un suicide. Chacun d’entre nous ne peut qu’en proposer, avec modestie et sans tenter de le faire » passer en force « , l’explication qui lui paraît la plus probable…
Je m’étais déjà, dans un premier temps, élevé contre cette thèse, par le biais du » courrier des lecteurs » d’HISTORIA (N° 615). Il s’ensuivit sous la même rubrique de cette revue une réponse courroucée (N° 620), signée de Jacques de La Perrière et des trois autres neveux d’Edgard de Larminat, (réponse d’une évidente hostilité personnelle à mon égard, mais d’une pauvreté affligeante en termes d’argumentation, et ayant l’outrecuidance de vouloir mettre ainsi purement et simplement fin au débat ouvert – avec une partialité politique si évidente et sur un tel ton polémique que cela ne pouvait prétendre demeurer sans réplique – par La Perrière lui même en 1997… ), puis (N° 632) une mise au point de ma part, nécessaire et complémentaire. (La clarté de ce dernier texte, dicté par téléphone, a malheureusement été assez altérée en l’un de ses passages essentiels par des omissions de mots et des » coquilles ».)
Pour mieux défendre encore le souvenir d’Edgard de Larminat, et dans les limites des réserves ci-dessus évoquées quant à la validité de toute thèse sur ce thème, j’ai entrepris de rappeler succinctement, sur ce site, quelques faits historiques avérés, qui constituent l’incontournable contexte du drame personnel dont il s’agit, et de développer le raisonnement et les principales conclusions auxquelles peut conduire la prise en compte de ces facteurs. Chaque fois que nécessaire à la compréhension d’ensemble de ce contexte et/ou au respect du devoir de mémoire, j’ai décidé de rappeler, entre parenthèses crochets [ ], des faits historiques collatéraux, parmi lesquels des faits éventuellement postérieurs au décès de Larminat.
Seront donc successivement passées en revue ici les circonstances du suicide avec un bref rappel de la carrière du général de Larminat, le profil de ce que fut la » Cour Militaire de Justice « , celui des accusés appelés à comparaître devant elle, tous ces facteurs conduisant à tenter ensuite de cerner les motivations de ce suicide.


